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Les écoles de Bois-Pin-Gomme et San-Pèdre : locaux, gestion et cantines scolaires

Brève présentation des infrastructures scolaires, des caisses communautaires de gestion et des cantines (rôle et organisation) de nos deux écoles partenaires.

 

Locaux scolaires

 

Bois-Pin-Gomme

En 1985, l'école ne disposait que d'une tonnelle  de dimensions assez modestes, dont le toit de tôles avait été offert à l'école par un membre de l'ASACH. Grâce à des fonds tirés de la caisse de gestion de l'école, grâce aussi à des dons particuliers faits par des membres de l'ASACH, Bois-Pin-Gomme dispose maintenant de locaux scolaires convenables.
Il s’agit tout d’abord d’un bâtiment scolaire principal, destiné aux six degrés de l'école primaire, situé sur un terrain appartenant à la communauté de Bois-Pin-Gomme et construit selon la technique locale de maçonnage en pierres consolidé par un glacis de ciment. Le toit est en tôle. Le sol est jusqu'ici resté de terre battue. L'espace est distribué entre quatre salles de classe, correspondant à la répartition des élèves entre les enseignants. Chaque classe est pourvue d'une porte indépendante afin d'éviter les bousculades à l'entrée et à la sortie des élèves.
Un local séparé pour la classe préscolaire est situé sur un terrain offert à la communauté de Bois-Pin-Gomme par un membre de l'ASACH et consiste en une tonnelle avec parois de palmes tressées.
Les enseignants disposent aussi d’un bureau économat, local indispensable pour déposer le matériel scolaire qui est vendu ou prêté aux élèves, le matériel pédagogique, la bibliothèque des maîtres, ainsi que les archives de l'école. Ce local, construit en 1992-93, a été pillé et incendié en 1997. Reconnus et arrêtés, les malfaiteurs attendaient leur jugement à la prison de Mirebalais. Ils ont été libérés en même temps que tous les autres détenus, au cours de graves troubles qui ont agité la ville de Mirebalais. Grâce à des dons particuliers de membres de l'ASACH, et surtout grâce à un grand élan de solidarité au sein de la population de Bois-Pin-Gomme et des communautés voisines, où se recrute la population scolaire de l'école, le local a pu être reconstruit et pourvu du matériel pédagogique essentiel.
Enfin des latrines correctes et bien entretenues compètent fort heureusement les installations. En effet, de nombreuses zones rurales sont totalement dépourvues de latrines, avec les problèmes d'hygiène que cela suppose. En apprenant aux élèves à utiliser les latrines de l'école, on espère les inciter à en pourvoir leur propre lieu d'habitation.

San-Pèdre

Jusqu'en 1990, les classes ont eu lieu dans une tonnelle prêtée par le pasteur de l'Eglise Indépendante de Dieu Indigène d'Haïti . En novembre 1987, Judith CASTIONI avait été émerveillée de constater que, dans un espace aussi restreint, et sans aucune séparation entre les classes, les enseignants parvenaient à donner leurs leçons, et les élèves à se concentrer. Mais, avec l'augmentation du nombre des élèves, une telle situation ne pouvait perdurer sans mettre en danger la qualité de l'enseignement.
En 1989, les fonds accordés via la FGC pour des projets techniques de la zone de San-Pèdre n'avaient pas été entièrement utilisés, grâce à des variations du change, et surtout grâce à la gestion intelligente et minutieuse d’Hubert STEINMANN. La FGC a accepté que ces fonds non utilisés soient consacrés à l'édification d'un local scolaire pour l'école soutenue par l'ASACH.
Le bâtiment principal, construit en 1989-90, est en blocs de béton, avec toit de tôle et sol cimenté. L'espace est distribué entre quatre salles de classe, correspondant à la répartition des élèves entre les enseignants, et le bureau économat. Le terrain entourant l'école, qui sert de cour de récréation, a été clôturé, afin d'éviter que, les jours de marché, des ânes et des mulets n'y déposent leurs déjections. Certains des pieux employés ont pris racine, une façon originale de contribuer au reboisement. Plusieurs réparations et améliorations ont pu être exécutées grâce aux fonds de la caisse de gestion de l'école, en particulier la remise en état du toit après une tempête tropicale, et la construction d'une galerie cimentée, avec avancée du toit de tôle, afin d'éviter que les ruissellements des pluies ne rongent les fondations de l'école.
Un local séparé pour le préscolaire a été réalisé grâce au soutien de l’ASACH qui a trouvé des fonds auprès du Fonds 1% pour le développement constitué par le personnel de l’ONU à Genève. Il s’agit d’une construction traditionnelle en planches, avec un toit de tôle.
Comme à Bois-Pin-Gomme, des latrines complètent les installations.
En 2003, lorsque des  troubles graves, liés à l’instabilité politique du pays ont touché la zone, une bande armée a utilisé le local du préscolaire, avant de le détruire par le feu. Les enseignants avaient dû momentanément cesser leurs activités. Une fois un calme relatif revenu, ils ont remis l’école en marche, en assurant son fonctionnement avec les moyens du bord et en procédant aux réparations nécessaires. L’enseignement préscolaire a repris sous une tonnelle, en attendant la reconstruction du local qui demandait des fonds plus importants. Les travaux sont en cours, grâce à une aide d’urgence débloquée par la Confédération pour une série d’opérations en Haïti. Cette aide d’urgence transite pour sa gestion par la Plate-forme Haïti de Suisse.

Caisses de gestion des écoles


Comme déjà indiqué, le produit de la revente aux élèves, à la moitié du prix de gros, du matériel scolaire acheté à Port-au-Prince s'ajoute aux écolages pour alimenter, dans chacune des deux écoles, une caisse de gestion.
La direction et les enseignants sont conjointement responsables de ces fonds, dont les comptes sont tenus par un trésorier. Les modalités de conservation de cette caisse ont été définies, d’une manière adaptée à chacune des deux écoles, en présence de tous les intéressés et des représentants de l'ASACH, et sous le sceau du secret.  .
Toutes les entrées en caisse, écolages et ventes de matériel scolaire, sont enregistrées, avec reçus signés et marqués du sceau de l’école. De même pour les dépenses, qui sont cosignées par le bénéficiaire de la sortie de caisse, ou le responsable d’un achat et par le trésorier. A la fin de chaque année scolaire, lors des séjours sur place des représentants de l'ASACH, tous ces comptes sont minutieusement vérifiés, en présence du trésorier, du directeur et de tous les autres maîtres.
La direction et les enseignants sont donc responsables de l'utilisation des fonds de cette caisse, et de nombreuses dépenses, prévues ou imprévues, peuvent ainsi être couvertes, sans qu'il faille déplacer pour cela des fonds depuis Port-au-Prince. Il a déjà été fait mention de certaines améliorations des bâtiments scolaires ; on peut y ajouter la remise en état du mobilier scolaire, le nettoyage des abords de l'école, le lavage des nappes des bureaux des professeurs, sans oublier les prix donnés à la fin de l'année scolaire aux meilleurs élèves de chaque classe .
Grâce à la caisse de gestion, la direction et les enseignants disposent d'un fond permettant aussi de faire face à des événements imprévisibles, comme les réparations urgentes après la tempête tropicale qui, en 1994, emporta le toit d'une des classes de San-Pèdre, dispersant des tôles froissées et déchirées jusqu'à plus de cinq cents mètres de l'école.
En cas de problème grave, accident, maladie ou deuil , touchant un des maîtres ou sa famille, la caisse de gestion peut exceptionnellement avancer à un enseignant la moitié de son salaire mensuel, ou participer aux frais des funérailles comme ce fut hélas le cas à Bois-Pin-Gomme lors du décès de Monsieur Jean A. Joseph, dit Maître Ti-Jean.
Jusqu'en 1998, il n'a pas été nécessaire de faire appel à cette caisse pour assurer le renouvellement du matériel vendu aux élèves. Depuis 1998, les prix ont augmenté de telle sorte que l'ASACH n’a plus été en mesure d’assumer entièrement les achats annuels du matériel scolaire destiné à être vendu à moitié prix aux élèves. Une partie des fonds nécessaires à ces achats est donc désormais prélevée dans les caisses de gestion. Ce sont elles qui fournissent directement aux convoyeurs des salaires ou à tout autre responsable devant se déplacer à Port-au-Prince le montant, prévu dans le budget de l'ASACH, des frais de déplacement et de séjour à la capitale. Les sommes ainsi fournies sont comptabilisées à Port-au-Prince comme participation des caisses de gestion aux achats de matériel scolaire. On évite de multiplier des transports d'argent, toujours dangereux, sur des routes où les détrousseurs de tout calibre se manifestent impunément.
Ouvrons ici une petite parenthèse, qui montrera au lecteur combien les choses peuvent être parfois difficiles, et pour les directeurs et les enseignants, et pour nos représentants en Haïti. Dans l'une et l'autre des communautés où sont situées les écoles, il y en a encore, des parents d'élèves, qui soupçonnent soit les enseignants, soit les représentants de l'ASACH, soit le plus souvent les uns et les uns et les autres, de tirer des bénéfices personnels indus et mirifiques de la vente du matériel scolaire. Ce sont bien sûr pour la plupart des parents analphabètes, auxquels il serait vain de montrer les prix imprimés dans le catalogue Deschamps - et même s’ils savaient lire, ils n'y verraient peut-être qu’une subtile malice de notre part. Faut-il leur en vouloir, a-t-on le droit de se décourager? Lorsqu’on prend en compte ce qu'ils ont eux-mêmes subi, ce qu’ils subissent encore en matière de pressions, de mensonges et d'abus, on doit bien avouer qu’à leur place, on ne raisonnerait peut-être pas autrement.
De plus, dans la zone de Bois-Pin-Gomme particulièrement, certains ne pardonnent pas aux deux écoles leur succès, et surtout leur efficacité dans la scolarisation des enfants des petits cultivateurs de la zone. Aujourd’hui, personne n’oserait plus dire ouvertement que scolariser un peuple, c’est le rendre ingouvernable, mais beaucoup le pensent, et agissent en conséquence. Susciter envie et rancune envers les enseignants en faisant courir des bruits fantastiques sur leurs salaires ou les bénéfices qu’ils tirent de la vente du matériel scolaire est l’une des façons de mettre l’école en péril à travers ses responsables.
Lors des séjours de nos représentants sur le terrain, une de leurs tâches essentielles est ainsi de soutenir le courage, de raviver l’enthousiasme de nos partenaires, parfois de jouer même les conciliateurs, car les tensions que cette sourde envie, cette méfiance manifestée par ceux-la mêmes dont les enfants sont les premiers bénéficiaires de leurs efforts mettent souvent leur moral et leurs nerfs à rude épreuve.

Les cantines scolaires


En Haïti, et tout particulièrement dans les mornes , la répartition des heures de classe dans la journée doit tenir compte du fait que bien des élèves, pour se rendre à l’école, accomplissent un parcours d’une demi-heure à une heure et quart, dans des régions au relief accidenté, donc sur des chemins ou plutôt des sentiers tout en montées, descentes et traversées de rivières. A cela s’ajoutent les conditions météorologiques propres aux régions tropicales, c’est-à-dire des pluies saisonnières violentes et quotidiennes.
Doivent également être pris en considération les rythmes quotidiens que les conditions de vie imposent aux familles des élèves. Le matin, en effet, on se lève avec le jour, et la plupart des enfants inaugurent leur journée en allant chercher à la source l’eau qui servira pour se laver les dents, faire sa toilette, et, dans le meilleur des cas, cuire quelques bananes plantains pour un premier repas pris en toute hâte avant de se mettre en route pour l’école. Le dimanche seulement, et quand on en a les moyens, ou pour honorer un visiteur, on boit du café, bien sucré, accompagné si possible un morceau de pain  .
L’après-midi, il faut que les enfants aient le temps de rentrer chez eux avant la pluie, c’est-à-dire avant trois heures .
Le repas principal de la famille, très souvent le seul de la journée, se prend dans l’après-midi, entre deux et cinq heures, selon les possibilités financières du jour et les occupations de la mère de famille .
Les cours commencent donc à neuf heures, pour se terminer à treize heures, avec une récréation d’une demi-heure, de onze heures à onze heures trente. Après la récréation, il n’est pas rare que des élèves, surtout parmi les plus jeunes, au mieux s’endorment, au pire se sentent mal pour cause d’hypoglycémie, puisqu’ils sont très souvent pratiquement à jeun depuis l’après-midi précédent. Pour que les enfants soient en mesure de bien profiter du temps qu’ils passent à l’école, il faudrait pouvoir offrir chaque jour à tous les élèves un repas au moment de la récréation.
Au début, l’ASACH n’a pas pu intervenir pour cet aspect de la vie des écoles. En 1991-92, grâce à des fluctuations de change favorables, il a été possible de mettre en fonction à San-Pèdre une petite cantine destinée aux quelque vingt enfants du préscolaire.
Lorsque les terribles années de l’embargo mirent aux abois le peuple haïtien, l’ASACH a pu bénéficier, par l’intermédiaire de la PFHS, de l’aide d’urgence accordée par la Confédération à Haïti. Ainsi dès janvier 1994, ont fonctionné respectivement une cantine nouvelle pour Bois-Pin-Gomme, et une cantine élargie pour San-Pèdre.
A San-Pèdre, les élèves de la classe de première année primaire ont été mis au bénéfice de la cantine ; par ailleurs, l’effectif des enfants du préscolaire était  passé de vingt à quarante-cinq enfants, et la cantine a pu assumer cette augmentation d’effectif.
A Bois-Pin-Gomme, une réunion de parents d’élèves a permis de mettre au point une organisation qui s’est avérée excellente : les enfants du préscolaire ont reçu chaque jour une portion de nourriture, et ceux des autres classes ont bénéficié de la cantine scolaire tour à tour, deux fois par semaine pour chaque classe.
L’aide d’urgence n’était prévue que pour une année, mais une très bonne gestion des fonds par les responsables des cantines, tant à San-Pèdre qu’à Bois-Pin-Gomme, a permis aux cantines de fonctionner jusqu’en juin 1995, puis, grâce à une nouvelle tranche d’aide d’urgence, jusqu’en février 1996.
Lorsque ces fonds ont été épuisés, l’ASACH a eu la chance d’être choisie, avec d’autres associations, comme bénéficiaire d’une action de la Chaîne du Bonheur en faveur d’Haïti, ce qui a permis financer les deux cantines de février 1996 à juin 1997.
Pour l’année 1997-98, il a fallu fermer la cantine de Bois-Pin-Gomme, et l’existence même de la cantine de San-Pèdre était aussi menacée par le manque de fonds : ce furent alors les élèves du Collège Sismondi qui se mobilisèrent, et, par leurs dons, permirent à la cantine de San-Pèdre de continuer à recevoir les cinquante élèves du préscolaire.
La situation alimentaire dramatique que le cyclone Georges avait créée à Bois-Pin-Gomme a ému l’un des membres du comité et sa compagne, et leur don a permis de remettre en fonction la cantine de Bois-Pin-Gomme pour les trois derniers mois de l’année scolaire 1998-99.
Par la suite les cantines ont été financées grâce à des élèves et d’anciens élèves du Collège Sismondi, réunis dans une association implantée à Versoix, SALSOLA, qui organise et soutient diverses activités culturelles dont les bénéfices, joints à des fonds obtenus de diverses autres sources, lui permettent de créer ou de soutenir des projets de partenariat dans le Tiers Monde.
Enfin, ces dernières années, l’ASACH a consacré une petite partie de son budget aux cantines. Toutefois, la situation des cantines reste financièrement précaire et c’est une action pour laquelle il faudrait trouver de nouvelles ressources.
Lorsque les deux cantines fonctionnent, ce sont en moyenne 750 repas qui sont offerts chaque semaine aux enfants. Il s’agit de repas haïtiens traditionnels : une base de céréale bouillie (riz, maïs moulu, petit mil), accompagnée de pois, le tout enrichi d’une petite portion de légumes, et d’un peu de viande le jour du marché. Les légumes poussent en abondance à Bois-Pin-Gomme ;, mais ils se font parfois rares sur les marchés de San-Pèdre et des environs. Ils sont alors remplacés par une sauce aux macaronis, où il entre heureusement une certaine quantité d’oignons. A San-Pèdre, on sert généralement une fois par semaine aux enfants un menu que tous aiment particulièrement : le bouillon, qui contient de l’igname, du manioc, des patates douces et des bananes plantains dans une sorte de potage savoureux, parfumé au cresson et enrichi par un peu de viande. Pour boisson, un grand verre d’eau de source, fraîche si possible termine tout repas haïtien.
Le coût moyen d’un repas est d’environ trente-cinq centimes suisses.
Les cuisinières engagées pour les cantines se servent jusqu’ici du traditionnel « four trois pierres » marchant au bois. Nous espérons pouvoir un jour mettre en service un autre système de foyers économisant le bois ; nous n’avons pas encore pu lever tous les obstacles pour réaliser cette amélioration.

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