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Les deux écoles primaires partenaires de l'ASACH

Situation géographique et économique, conditions de fréquentation des classes, la déperdition scolaire, problèmes pédagogiques.

 

Situation géographique et économique


Les deux écoles soutenues par l’ASACH représentent la seule possibilité de scolarisation pour bon nombre d'enfants habitant la région. Elles se trouvent dans le district scolaire de Belladère, Bas Plateau Central, Département du Centre, Haïti.

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Ecole Mixte de l’Avenir de Bois-Pin-Gomme

Commune de Belladère, Quartier de Baptiste.
Les élèves se recrutent dans un rayon de quatre à cinq kilomètres, autour de Bois-Pin-Gomme, dans les zones de Mont-Léon, Dos-Parc, Bois-Pin, Bois-Piné, Roche-Plate, Manoir, Belle-Terre, Mas-Goyave, etc.

Ecole Idéale  Mixte de San-Pèdre

Commune de Belladère, Quartier de Roysec.
Les élèves se recrutent dans un rayon de quatre à cinq kilomètres autour de San-Pèdre, dans les zones de San-Pèdre, Fond-San-Pèdre, Doscellé, La Doma, La Flor, etc.

Les deux communautés rurales concernées ne bénéficient de l'eau courante ni à domicile ni sur la place du village : il faut aller chercher l'eau potable à la source, il faut descendre à la rivière pour faire la lessive.
L'électricité n'atteint pas ces zones éloignées : on cuit au bois sur le foyer "trois pierres" traditionnel, parfois au charbon sur le non moins traditionnel réchaud, on s'éclaire à la bougie, à la tèt-gridap , à la lampe à pétrole quand on a les moyens d'acheter une lampe et du pétrole.
Les parents des élèves sont dans leur très grande majorité de petits agriculteurs et plus du 90 % d’entre eux sont analphabètes. Pour l'essentiel, ils cultivent les plantes vivrières dont ils se nourrissent, eux et leur famille : maïs, manioc, pois , ignames, patates douces, petit mil, bananes plantains. Les familles possèdent souvent quelques poules, parfois une chèvre ou une vache, mais qui ne donne que très peu de lait.
Les mères de famille, qui sont souvent seules à assumer la charge économique de leurs enfants, commercialisent sur les marchés les minces surplus du jardin  ou de l'élevage, ou se livrent à un petit commerce d'achat et de revente de produits de première nécessité. Elles achètent ceux-ci, souvent en quantité dérisoire, sur des marchés plus importants, au bourg, parfois à la capitale : huile, savon, riz, sel, poivre, concentrés Maggi, pétrole lampant, allumettes, … Les marchés, seules opportunités de gains, ont lieu une fois par semaine dans les zones où se trouvent les écoles et à d'autres jours, dans des zones voisines, à une distance de cinq à vingt-cinq kilomètres, qu'il faut le plus souvent parcourir à pied ou à dos de mulet.
Des cultures destinées surtout au commerce permettent aux familles de se faire un peu d’argent. A Bois-Pin-Gomme, c'est le café et les pois, ainsi que certains légumes; à San-Pèdre, ce sont les pistaches   et le tabac.
Très jeunes, les enfants participent à la vie économique de la famille ; ils assurent l'approvisionnement en eau, ils aident leurs parents aux champs et à la cuisine ; ils sont chargés de changer les animaux de pâture. Les plus grands doivent aussi s'occuper des plus petits quand la mère de famille se rend sur un marché éloigné. Trop souvent, ces activités se font au détriment de l'assiduité à l'école et hypothèquent de toute manière le temps dont les enfants disposent pour apprendre leurs leçons avant que la nuit tombe.
Un certain nombre d'élèves des grandes classes (les deux dernières années de l'école primaire) payent eux-mêmes leurs frais de scolarisation, en cultivant, vendant, achetant, souvent avec autant d'énergie et d'habileté que les adultes. Ils le font au détriment du temps qu’ils peuvent consacrer à étudier et même souvent au détriment de leurs rares moments de loisirs, voire de leur temps de sommeil.
Dans l'une et l'autre région, les familles des élèves sont du point de vue alimentaire et économique à la merci des caprices climatiques d'un pays où le déboisement continue à faire des ravages, soit en provoquant des sécheresses soit en rendant les pluies dévastatrices. Depuis dix ans, très rares ont été les années vraiment favorables aux cultures dans l'une et l'autre région.

Liaisons avec la capitale

Les zones où sont situées les écoles sont distantes de cent cinquante kilomètres environ de Port-au-Prince, la capitale qui concentre une importante population et bon nombre de ressources et de services indispensables.
Les déplacements entre ces zones et Port-au-Prince sont jusqu'à présent extrêmement lents, pénibles, dangereux, du fait de l'état des routes, pour ne rien dire de celui des véhicules. Plus récemment, s'est ajoutée la menace d'attaques à main armée, du fait du banditisme qui sévit sur une certaine portion (incontournable) de la route, tout près de la capitale, sur le flanc du Morne-Cabrit, déjà tristement célèbre à cause des accidents qui s'y produisent régulièrement.
Le temps du voyage est variable : de six heures (avec une bonne Jeep, de la chance et pas de pluie) à quarante-huit heures, avec de la malchance (pneus crevés, lames de ressort brisées), ou de la pluie, c'est-à-dire des tronçons de route envahis par une boue capable d'enliser un gros camion jusqu'aux essieux, des véhicules embourbés barrant le passage, et même parfois des gués rendus impraticables par les rivières en crue...
La dernière partie du parcours, quinze kilomètres en ce qui concerne San-Pèdre, cinq pour Bois-Pin-Gomme, ne peut se faire qu'à pied ou à dos de mulet.
C'est à Port-au-Prince seulement qu'on trouve des librairies vendant au prix de gros du matériel scolaire et pédagogique, c'est dire le problème que représente, pour les directeurs des écoles, l'acheminement du matériel scolaire et pédagogique depuis la capitale.
En ce qui concerne les moyens de communication, la poste n'existe pas dans ces zones reculées. Les centres de télécommunication sont respectivement à cinq kilomètres de Bois-Pin-Gomme, à quinze kilomètres de San-Pèdre, et encore faut-il qu'ils fonctionnent !

 

Conditions de fréquentation des écoles partenaires


L’écolage.

A Bois-Pin-Gomme et à San-Pèdre, un écolage annuel de quarante-cinq gourdes, c'est-à-dire moins de cinq francs suisses, est actuellement demandé aux élèves, du préscolaire à la 6e année primaire.
Le montant de cet écolage fait partie des questions systématiquement examinées chaque année lors des rencontres entre la Direction, les maîtres et les représentants de l'ASACH. Ainsi, pendant les difficiles années dites de l'embargo, sous le gouvernement putschiste, l'écolage avait été descendu à dix gourdes, soit environ un franc suisse.
Il y a de nombreux cas d'exemption prévus, par exemple pour les orphelins et les enfants des enseignants ; chaque année, un certain nombre de cas particuliers sont ajoutés temporairement à la liste des exemptés. Il arrive même que des enseignants payent de leur poche l'écolage d'un élève méritant, dont les parents traversent une phase difficile du fait d'une maladie, d'un deuil, de mauvaises récoltes.
Il reste absolument nécessaire de demander aux parents cet effort de participation aux dépenses de l'école.
D'une part, les fonds dont dispose l'ASACH ne lui permettent pas d'assurer la scolarisation de tous les enfants des zones où sont situées les deux écoles; un tel objectif impliquerait un budget deux fois supérieur à celui que l’ASACH parvient jusqu’ici à garantir. Ainsi, le règlement des écoles prévoit donc un numerus clausus pour chacune des classes, sous peine de retomber dans le système décrit plus haut, où un nombre énorme d'enfants, entassés dans des classes trop petites, disposant d'un matériel scolaire insuffisant, n'ont que l'illusion d'apprendre quelque chose. Ce sont donc les parents les plus conscients de l'importance de l'instruction pour leurs enfants, ceux qui sont prêts à faire un effort financier et qui prennent la peine de venir inscrire leurs enfants aux jours indiqués, qui pourront envoyer ceux-ci à l'école. Mais il est bien dur de devoir parfois refuser d'inscrire un enfant parce que la classe où il aurait dû être scolarisé est déjà pleine. Dans les faits, dans les premiers degrés, la limite est souvent dépassée de quelques unités.
D'autre part, ce petit écolage permet aux enseignants de rendre les parents plus attentifs au travail scolaire de leurs enfants et, surtout, c'est un puissant argument pour les inciter à laisser à leur enfant les moments de liberté indispensables d'abord pour venir régulièrement à l'école, ensuite pour apprendre leurs leçons.
L’uniforme.
Parents, élèves et professeurs y tiennent beaucoup. Le problème a été résolu de la manière suivante : l'uniforme n'est exigé qu'à partir du mois de janvier. La coutume étant qu'on offre à un enfant, même dans des familles pauvres, un vêtement neuf le 1er de l'an, c'est l'uniforme qui sera offert, et qui servira également de vêtement “du dimanche”.


Le matériel scolaire et pédagogique

Grâce à la formation des deux directeurs et d'un certain nombre d'enseignants dans chacune des deux écoles, grâce aux stages de formation continue, les directives du Ministère de l'Education nationale peuvent être suivies avec fruit, et le programme dit Fondamental est appliqué dans les deux écoles.
Ce programme implique l'utilisation d'un matériel pédagogique bien adapté, dont un certain nombre de manuels et de livres-cahiers  qui ne se trouvent qu'à Port-au-Prince.
Afin d'encourager les parents à acquérir le matériel scolaire de base indispensable pour chaque degré, le système suivant a été instauré dans nos deux écoles : les cahiers, livres et livres-cahiers, ainsi que les  plumes, les crayons, les règles sont achetés au prix de gros à Port-au-Prince et acheminés jusqu'aux écoles par les soins de chacun des directeurs.
Ce n'est pas une tâche facile : il faut d'abord se procurer la dernière édition du catalogue de la librairie Deschamps, laquelle édite pratiquement tous les manuels scolaires puis, avec les enseignants de chaque classe, établir la liste des achats.
A Port-au-Prince, le représentant permanent de l’ASACH, Raynal TROUILLOT vérifie la commande et l’approuve. Cette opération est indispensable pour que les fonds de l’ASACH affectés au matériel scolaires soient débloqués. La commande chez Deschamps est alors passée, en espérant que tous les articles requis seront effectivement disponibles. Ensuite, une fois le matériel obtenu, il reste le plus difficile à réaliser : le transport.
A la rentrée 1999, par exemple, la librairie Deschamps a mis du temps à préparer le matériel commandé. Des pluies catastrophiques ont rendu les routes impraticables, si bien que le convoyeur s'est vu contraint de laisser le matériel scolaire en lieu sûr, à mi-chemin entre Port-au-Prince et Bois-Pin-Gomme. Ce matériel est resté là pendant plus d'un mois, le temps qu'il a fallu pour que les routes soient à nouveau praticables, au moins par des mules. N'oublions pas que les derniers kilomètres doivent être parcourus à dos de mule, ce qui implique que le temps soit beau et la piste pas trop boueuse.
Une fois le matériel acheminé, il faut vérifier minutieusement s'il correspond bien à la commande. Les erreurs ne sont pas rares, et la maison Deschamps procède normalement à l'échange nécessaire - à condition que le matériel ait regagné Port-au-Prince en parfait état.
Enfin, chacun des enseignants reçoit le matériel prévu pour sa classe, se charge de la vente aux élèves, à la moitié du prix de l'achat en gros, et remet à la caisse de gestion de l'école le produit de cette vente. Ces comptes et le contenu de l'économat sont vérifiés chaque année par la Direction et les maîtres, en présence de Raynal TROUILLOT et de Judith CASTIONI.
Un règlement précis, lu et relu aux parents lors des remises de carnets, prévoit le remboursement du prix de gros intégral pour un élève qui égarerait ou abîmerait un livre. On évite ainsi que des livres soient revendus au "marché noir". Les enfants scolarisés d’une même famille peuvent utiliser successivement les mêmes livres, s’ils sont bien entretenus. Il est également prévu un système de "mise en location" des livres, particulièrement pour les élèves des plus grandes classes ; l'élève paie ainsi une somme forfaitaire relativement peu élevée pour recevoir l'ensemble des manuels indispensables pour une année scolaire, et s'engage à les remettre en bon état à l'économat à la fin de l'année. Certains livres, particulièrement des dictionnaires, des livres de lecture en créole , du matériel de dessin et de géométrie, sont conservés à l'Economat et prêtés aux élèves pour une leçon, ou pour un temps déterminé.
Le système mis au point progressivement requiert ainsi des différents acteurs de prendre soin du matériel scolaire. La charge est répartie entre la subvention de l’ASACH et un effort financier raisonnable demandé aux parents. Il permet en outre de constituer une caisse d’école, gérée par les professeurs et dont on reparlera plus loin.

 

La question de la déperdition scolaire


Comme toutes les écoles en Haïti, les écoles partenaires enregistrent un taux important de déperdition scolaire, entre la première année primaire, et le Certificat d'Etudes Primaires, couronnement de ce premier cycle d'études. Cependant, d'après le témoignage des enseignants qui connaissent bien leurs élèves et leurs familles, ce n'est jamais uniquement parce que les parents ne peuvent plus payer l'écolage ou le matériel scolaire que les élèves renoncent à fréquenter l'école. Lorsque de tels cas se sont présentés, il y a toujours eu moyen de maintenir l'enfant à l'école. L'un des professeurs actuels a justement bénéficié d’un élan de solidarité qui a permis de le maintenir à l'école.
Les enfants qui abandonnent l’école en cours de scolarité primaire sont pour la plupart ceux que leurs parents n'ont pas vraiment soutenus dans leurs efforts, ceux qui ont dû trop souvent manquer les classes parce qu'ils étaient chargés d'une tâche jugée plus importante par les parents ou par eux-mêmes, parce que plus directement lucrative.
Il n'est pas rare que des élèves manquent une bonne partie de l'année scolaire parce qu'ils sont allés gagner quelque argent en République Dominicaine toute proche, ce qui entraîne généralement soit la non inscription de l'élève qui se présente au mois de janvier seulement, soit l'obligation de refaire l'année scolaire pour l'élève qui a disparu après un ou deux trimestres. Des élèves ayant dû redoubler une classe, puis une autre, se sont découragés. Il est arrivé par exemple que des élèves à la scolarité "intermittente" aient enfin été promus en 4e primaire à plus de seize ans ; abandonnant alors tout espoir de terminer leurs études primaires, ils sont entrés de plain-pied dans leur vie d'adultes.
Il y a aussi d'autres cas qui serrent le cœur, mais devant lesquels nous restons impuissants : à San-Pèdre, par exemple, une petite fille devenue sourde à la suite d'une otite mal soignée à dû abandonner l'école. Ce n’est qu’à Port-au-Prince qu’on trouve quelques rares écoles spécialisées pour les handicapés et la famille ne pouvait pas assumer les frais de séjour en ville de la petite fille, à supposer qu’elle ait été admise dans un de ces écoles.
Le fils du menuisier de la région, un enfant vif et intelligent, a dû quitter l'école à dix ans pour remplacer son père, gravement malade, dans la mise en valeur du petit lopin de terre qui nourrit la famille, le menuisier ne pouvait pas payer un ouvrier agricole, et sa femme devait s’occuper de ses trois petites filles en bas âge.

 

Problèmes pédagogiques


La formation des enseignants et le maintien d'un bon niveau pédagogique et méthodologique dans une école est l'un des problèmes les plus lancinants de l'enseignement primaire en Haïti.
Dans les rues de la capitale, on voit partout fleurir des panneaux annonçant de mirifiques écoles, et les campagnes sont parsemées de petites salles de classe improvisées sous des tonnelles. Il peut s'agir du geste de bonne volonté d'un habitant d'une zone rurale conscient des problèmes de son pays (surtout à la campagne), ou d'une entreprise froidement commerciale, comme ce que l’humour haïtien a dénommé les "écoles-borlettes" , où le rapport qualité prix est loin d'être satisfaisant, mais qui sont les seules accessibles financièrement à une bonne partie de la population. La plupart du temps, les enseignants n'ont qu'un mince bagage et des salaires misérables les obligent à exercer au moins un second métier pour survivre économiquement, eux et leurs familles, au détriment de leurs tâches scolaires.
Rappelons que cette situation scolaire déjà désastreuse pour des raisons économiques se complique encore du problème de l'antagonisme entretenu entre le français et le créole, par ailleurs tous deux reconnus comme langues nationales depuis l'adoption de la Constitution de 1987.
Le créole et le français sont deux langues bien distinctes. Le français est la langue de prestige, la langue de la capitale, la langue des classes sociales privilégiées, ou qui se veulent supérieures, C’est une langue apprise, qui ne permet pas de communiquer sans problèmes, que ce soit à la capitale ou dans les campagnes. Le créole, lui, est la langue maternelle de 99% des Haïtiens. Depuis les années 80, avec de très fortes résistances soigneusement entretenues, même au sein des populations les plus illettrées, le créole a été d'abord été toléré dans les écoles, puis adopté officiellement comme langue première de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture .
Dans les zones rurales, créolophones à 100 %, les enseignants, même de bonne volonté, ont vite fait de perdre pratiquement tout leur français, si péniblement acquis au cours de leur propre scolarité. Aussi longtemps que le français est resté la seule langue de la scolarisation, on a vu - et malheureusement on voit encore trop souvent - enseignants et élèves répéter sans les comprendre ni les uns, ni les autres, les textes des livres d'histoire, de sciences naturelles, de géographie. Le remarquable programme réformé dit Fondamental , programme officiel du Ministère de l'Education Nationale, place le créole en premier, laissant l’enseignement du français comme deuxième langue. Il ouvre aussi l'École primaire sur les réalités haïtiennes. De leur côté, les médias, depuis la campagne électorale et la Présidence d'Aristide  ont privilégié le créole. Toutefois, malgré cette évolution en faveur du créole, le français reste la langue de prestige, avec laquelle les nantis marquent leur supériorité sur le peuple, celle dont le paysan illettré croit encore qu'elle ouvrira à ses enfants scolarisés la voie de toutes les réussites sociales et économiques, jusqu'au fauteuil de Premier Ministre.
A Bois-Pin-Gomme et à San-Pèdre, une certaine évolution des mentalités a commencé à se faire sentir. D'abord, les formations reçues par nos enseignants ont toutes eu pour but la mise en pratique de cet Enseignement Fondamental où le créole et les réalités haïtiennes tiennent une place importante. Les enseignants sont donc bien convaincus de la nécessité d'abandonner des traditions pédagogiques aussi désuètes que néfastes. Quelques-uns d'entre eux en gardent d'ailleurs un sinistre souvenir. Mais autre chose est de convaincre les parents des élèves. Lors des réunions qui sont régulièrement organisées par la Direction et les enseignants, particulièrement lors des séjours sur le terrain des représentants de l'ASACH, les parents ont toujours eu toute latitude d'exprimer leurs réticences et même parfois leur opposition véhémente à voir leurs enfants apprendre à lire et à écrire en créole.  En 1989, le père analphabète d'un élève de la classe de préscolaire, fâché de voir son fils perdre son temps à l'école avec des vye ti-tonton  résumait assez bien une position assez largement répandue en concluant ainsi son intervention: "Pour moi, disait-il, je serai satisfait de l'école quand je verrai  mon enfant lire en français dans un gros livre". Et il était loin d'être le seul de son avis. Afin de modifier peu à peu cette vision des choses, toutes les explications nécessaires ont été données et redonnées, et bien des parents se rendent peu à peu compte qu'il est avantageux de pouvoir lire et écrire - donc aussi de communiquer par lettre - dans la langue que l’on parle.
Au début de l'application de l’Enseignement Fondamental, les livres de lecture en créole ont été achetés pour les bibliothèques des Écoles et prêtés aux élèves pendant les leçons, parce que les parents refusaient tout simplement d'en financer l'achat pour leurs enfants. Actuellement, la liste du matériel scolaire des élèves de chaque degré comporte des livres en créole, et les parents les achètent comme les autres. C'est la meilleure preuve de l'évolution des mentalités. Certains parents d’élèves actuels sont eux-mêmes passés par l’école, et même s'ils n'ont pas achevé leurs six années primaires, ils se rendent souvent compte qu'ils ont retiré plus de profit de cette pédagogie qu'ils n'en auraient tiré du même nombre d'années dans une école pratiquant une pédagogie traditionnelle.  Certes, bien des préjugés subsistent, mais on peut mesurer les progrès accomplis aux questions qui sont posées maintenant lors des réunions de parents, questions qui amènent souvent les maîtres à mieux adapter encore leur pédagogie aux réalités haïtiennes.
Un autre point important a été de convaincre bon nombre de parents qu'un élève peut être incité à apprendre sans qu'il soit nécessaire de recourir au bâton. Battre les enfants, et parfois avec une extrême violence, faisait encore partie des "solides traditions pédagogiques" il y a une dizaine d'années, mais cette pratique appartient maintenant à un passé révolu dans les écoles partenaires de l’ASACH.

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